INTERVIEW DE DOMINIQUE BAUDIS

Président de l’Institut du monde arabe (IMA), Dominique Baudis fait son retour en politique à la tête de la liste UMP dans le grand Sud-Ouest lors des élections européennes de juin prochain. Une mission que l’ancien maire de Toulouse aborde avec “enthousiasme“. L’ex-patron du CSA déclare également être sorti “renforcé” des épreuves traversées dans le cadre de l’affaire Alègre.
Pourquoi avez-vous décidé de revenir dans l’arène politique, huit ans après votre départ de la mairie de Toulouse?
Au bout de 18 ans de mandat, j’ai estimé que j’avais fait tout ce que j’avais à faire à la tête de la mairie de Toulouse. Mais je n’ai pas quitté le monde politique pour autant. Que ce soit au CSA (dont il fut président de 2001 à 2007, ndlr) et même à l’Institut du monde arabe, j’ai et j’occupe des responsabilités qui, d’une certaine manière, ne sont pas si éloignées que cela de la politique.
Certes, mais avec ces européennes, vous redescendez dans l’arène électorale?
Oui, je me présente à nouveau devant les électeurs avec une ambition qui me semble essentielle: mieux protéger les Européens dans un monde dont on redécouvre qu’il est dangereux. On le voit bien avec la crise économique et sociale que nous traversons ou face au dérèglement climatique. Les gens attendent que l’Europe s’empare enfin de ces grands sujets au lieu de s’occuper de la définition du vin rosé ou des fromages au lait cru dont peuvent parfaitement s’occuper les Etats… Concrètement, j’ai fait savoir en fin d’année dernière au président de la République que le débat européen m’intéressait. Il m’a reçu en janvier à l’Elysée pour me demander de conduire la liste UMP dans le grand Sud-Ouest. Ce que j’ai accepté avec enthousiasme.
“J’ai été victime d’un attentat médiatique“
Entre grogne sociale, euro scepticisme et élection qui mobilise peu, le contexte n’est tout de même pas idéal pour vous…
Nous verrons bien le score que nous obtiendrons, chaque chose en son temps. Ce que je retiens aujourd’hui, c’est que la situation est difficile pour tout le monde. En juin, face à cette crise qui provoque des dégâts épouvantables, la question sera de savoir ce qu’il faut faire de son bulletin de vote. Plutôt que de rester chez soi ou d’aller voter pour se défouler ou protester, on peut choisir les candidats qui cherchent à mieux protéger les Européens des effets de la crise et à construire un monde économique mieux équilibré. Cela me semble plus cohérent.
Daniel Cohn-Bendit (Verts) ou Marielle de Sarnez (Modem) souhaitent que José Manuel Barroso ne soit pas réélu président de la Commission européenne. Quel est votre point de vue?
On assiste à une tentative d’utilisation partisane de la question Barroso. L’idée est de dire: la gauche – et le Modem – sont contre Barroso, la droite est pour Barroso. Moi, ce que j’observe, c’est que Nicolas Sarkozy ne s’est pas officiellement prononcé sur cette question, alors que, par exemple, le chef du gouvernement espagnol, socialiste, José Luis Zapatero a publiquement soutenu sa candidature, comme Gordon Brown en Grande-Bretagne. Bref, tout ceci manque de cohérence, et ramener cette question à un débat droite/gauche, très franco-français d’ailleurs, me semble pour le moins artificiel.
A titre personnel, n’éprouvez-vous pas une certaine appréhension à revenir sur la scène médiatique après les accusations dont vous avez fait l’objet dans le cadre de l’affaire Alègre?
Appelons un chat un chat. J’ai été victime d’accusations monstrueuses et mensongères qui avaient pour but de me liquider moralement, psychologiquement, politiquement et humainement. La justice a constaté mon innocence et condamné les personnes qui m’ont accusé. L’affaire est close. Chacun a bien vu à quel type de moyens certains étaient capables de recourir pour essayer d’éliminer un concurrent. Cela incite surtout à être vigilant sur les procédés qui sont utilisés dans la vie publique. J’ai été victime d’un attentat médiatique, mais on m’a raté. Je suis toujours là. J’en suis même sorti renforcé.